Noël Corbu est né le 27 avril 1912, à Paris VIIe. Il passe toute sa jeunesse au Maroc, puis décide de rentrer en France après la mort de son frère et s'installe dans un mas - la Villa Saint-Roch, à la sortie de Perpignan. Le 21 janvier 1935, il se marie à Henriette Coll, une catalane de dix ans son ainée et modeste marchande de volailles. Peu avant la guerre, Noël monte une fabrique de pâtes, mais les temps sombres arrivent et, à la veille de la Libération, les Corbu doivent quitter Perpignan. Avec leurs deux enfants, ils partent pour un petit village des Corbières : Bugarach.
Par une belle journée d'automne de l'année 1945, sur les conseils de l'instituteur du village, les Corbu organisent une
excursion à Rennes-le-Château. C'est là qu'ils font la connaissance d'une vieille demoiselle, Marie Dénarnaud avec qui ils sympathisent. Ils lui promettent de revenir la voir. Ils reviennent,
plusieurs fois, et puis, un jour, toute la famille s'installe à la villa Béthanie. Béthanie, quel drôle de nom pour une villa ! Mais quand on sait qu'elle a été bâtie par ce "pauvre monsieur
le curé" - c'est ainsi que Mademoiselle Marie nomme feu Bérenger Saunière -, on s'étonne beaucoup moins. Par contre, on est surpris par l'autre grande construction de l'abbé, l'ensemble
formé par la tour Magdala, le belvédère qui domine toute la vallée, et la serre dont le plan au sol est identique à la tour. Cela avait dû coûter une fortune. Une fortune, pensa Noël
Corbu. Et aujourd'hui, le domaine appartenait à Mademoiselle Marie, vieille fille qui avait partagé une bonne partie de sa vie avec le curé de Rennes. En fait, les biens mobiliers et
immobiliers, terrains et constructions de Bérenger Saunière, avaient depuis toujours appartenu à Marie Dénarnaud. L'abbé avait réalisé presque toutes ses transactions au nom de sa « chère
petite Marie ». Monsieur le curé avait-il quelque chose à cacher ? L'argent amassé, et vite dépensé, pendant son ministère à Rennes était-il sale ? Ou provenait-il d'un
trésor ? L'idée du trésor n'avait pas encore germé dans l'esprit de Noël Corbu, mais un jour, elle lui apparaîtra comme une évidence.
Le 22 juillet 1946, jour de sainte Marie-Madeleine, Marie couche les Corbu sur son testament et déshérite toute sa famille. Pourquoi le jour de la Madeleine ? Pourquoi précisément cette date ? Rennes-le-Château est devenu, avec l'abbé Saunière, le troisième grand site français dédié à la sainte, le troisième point du triangle magdalénien. Ce n'est pas rien ! Il fallait qu'elle soit bien importante cette Madeleine, aux yeux de Saunière, et pour Mademoiselle Marie qui connaissait tout des secrets de l'abbé. Imprégnée, marquée des symboles du « mystère » de Rennes-le-Château - ces symboles, on les voit partout dans le domaine : 11 marches ici, 22 autres là, 17 billettes là-bas, tiens ! encore 11 autres billettes ici - et je ne cite que les nombres - Marie, consciemment ou inconsciemment, les utilisent encore, vingt-neuf ans après la mort du prêtre. Ces symboles sont l'ouvrage d'un esprit obsessionnel qui les a disséminés, non pas semés aux caprices du vent, mais placés avec minutie dans des endroits précis. Depuis son arrivée à Rennes en 1885 jusqu'à sa mort en 1917, l'abbé Saunière n'aura œuvré que pour une seule mission, celle de bâtir un domaine toujours plus grand sur cette colline escarpée. Il attendait que la guerre se termine, la grande guerre qui n'en finissait pas, pour construire à nouveau. Oui, il avait encore de grands projets architecturaux. Pourquoi toutes ces constructions sur ce caillou perdu des Corbières ? Cela faisait partie intégrante du Secret, ce secret qui le hantait jour et nuit depuis qu'il avait intégré sa paroisse - il n'avait alors que trente trois ans -, un secret plein de symboles qui le dévoraient de l'intérieur à tel point que le 17 janvier 1917, il fit une attaque d'apoplexie.
APOPLEXIE, un mot à la mode dans les siècles derniers, et pratique de surcroit, qui désignait aussi bien les congestions
cérébrales, les infarctus, les insuffisances cardiaques qui auraient nécessité un pacemaker si celui-ci avait été inventé, les ruptures d'anévrismes, mais aussi certains empoisonnements et les
coups de pouce occasionnés par une frayeur. Oui, la peur peut tuer. Si on avait pratiqué des autopsies, avec les moyens d'aujourd'hui, sur toutes les personnes décédées d'apoplexie, il y aurait
quelques belles surprises ! Mais qu'est-ce qui a bien pu provoquer cette crise mortelle chez ce grand gaillard tout de même âgé de soixante cinq ans ? D'abord, la bonne chère. L'abbé aimait
le bien boire et le bien mangé. Les excès lui auront obstrué les artères. Ensuite, les soucis. Depuis 1909, l'évêché s'acharne contre lui, le nomme à Coustouge pour s'approprier le domaine de
Rennes, mais Saunière refuse. Un procès est alors engagé dont l'abbé ne verra jamais l'issue. Mais il ne cède pas. Il résiste jusqu'à la mort. En ce début de vingtième siècle, l'Eglise catholique
est divisée en deux camps. Bérenger Saunière, à l'image de Marie-Madeleine, a choisi la bonne part, ou si vous préférez, le bon parti. L'autre camp ne saura rien de son secret.
Mais tout de même, il fait son attaque le 17 janvier et meurt le 22, et ce n'est pas anodin. Ajoutons à cela qu'il est né un 11
avril - 11, 17, 22 - trois nombres qui reviennent sans cesse et qui figureront même sur la récente plaque mortuaire de sa nouvelle tombe. Ces trois nombres ont obsédé l'abbé Saunière
pendant la moitié de sa vie, allant jusqu'à provoquer inconsciemment sa propre mort à une date résolument fatidique. Un suicide en quelque sorte.
Les septiques parleront de coïncidences. J'y vois plutôt un effet de synchronisme. Je pourrais vous citer l'exemple de mes grands-parents maternels, décédés de mort naturelle à la même date mais à cinq années d'intervalle. Ils étaient très proches et croyants. Je reste persuadée que mon grand-père à programmé sa mort inconsciemment à cette date anniversaire. Coïncidence ? Non, pas pour moi.
Les temps changent. Les sciences sont de nos jours beaucoup moins cloisonnées qu'il y a dix ans. Les sections scientifiques ne sont plus tout à fait étanches et pour mener à bien une recherche, il faut être pluridisciplinaire. Petit à petit, les mentalités évoluent. Aujourd'hui, officieusement les psychanalystes reconnaissent que les inconscients communiquent entre eux, d'une personne à une autre, même si officiellement la télépathie « n'existe pas ». Les vieux dogmes cartésiens prennent l'eau. J'ai employé le terme « pluridisciplinaire » à dessein. C'est en effet la condition sine qua non pour comprendre l'affaire qui nous préoccupe. J'ajouterai aussi que négliger le coté spirituel de l'énigme pour ne retenir que le côté matériel est une absurdité, n'en déplaise aux handicapés du cerveau droit.
Revenons à notre histoire ou plutôt au début de l'histoire du mythe du curé aux milliards...Le 22 juillet 1946, les Corbu sont promus légataires universels de Marie Dénarnaud.
Noël Corbu retente à cette époque une entreprise à but lucratif au Maroc, mais étant peu doué pour les affaires, se retrouve une fois de plus sans un sou. Il rentre en France - nous sommes en 1950-1951 - et revient à Rennes. En Janvier 1953, Marie tombe gravement malade et décède au bout de quelques jours, dans la nuit du 30 janvier. Elle part avec son secret, aussi muette que sa propre tombe, à l'âge de 85 ans. Elle sera enterrée dignement et selon ses dernières volontés à côté de Bérenger Saunière. Voilà comment Noël Corbu et sa femme héritèrent du domaine du curé de Rennes-le-Château.
(à suivre)
Sources :
- Pierre Jarnac, Histoire du trésor de Rennes-le-Château, Bélisane, 1998.
- Collectif, L'ABC de Rennes-le-Château, éd. Arqua, 2008.
- Recherches personnelles.
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