De Poussin à Boudet
Nicolas Poussin (1594-1665) réalisa deux versions des Bergers d’Arcadie ; la première vers 1627-1628, la seconde, la plus célèbre, vers le 2e et 3e quart du 17ème siècle ( d'après la base "Joconde" des musées nationaux. Blunt et Lévêque la date de 1650-1655). Celle-ci se trouve au musée du Louvre. Ce tableau représente quatre personnages, trois bergers et une femme qui n’a rien d’une bergère. Richement vêtue, elle ne porte ni bâton pastorale, ni quenouille. Certains auteurs l’identifient avec Artémis, déesse de l’Arcadie, ce qui d’ailleurs est très juste à un premier niveau de lecture de l’œuvre. A un second niveau de lecture nous y verrons Déméter, la Dea Mater ou Divine Mère, Reine des blés. Ces deux déesses sont à prendre en compte dans notre analyse puisque Boudet lui-même, dans la Vraie Langue Celtique, les associe.
Les Bergers découvrent un tombeau sur lequel est gravé
« ET IN ARCADIA EGO », que l’on traduit généralement par : Et en Arcadie, moi [la mort] (je suis) ou plus exactement « et moi en Arcadie… », phrase volontairement
inachevée.
L’idyllique Arcadie,
peuplée de nymphes et de bergers, patrie du dieu Pan et de la déesse Artémis, est dépeinte par le poète Virgile dans l’Enéide et dans les Bucoliques. Le tableau de Poussin reflète la douceur de
vivre et la paix qui règnent dans cette région bénie des dieux. Pourtant son message est terrible car même ici, la mort frappe. Mais doit-on ne voir dans cette œuvre magistrale qu’une réflexion
sur la mort ? Nous ne le pensons pas.
Les bergers et Déméter/Artémis personnifient quatre constellations. Nous reconnaissons facilement Hercule, personnage presque central du tableau. Poussin l’a représenté tel qu’il figure sur les cartes anciennes du ciel, en position agenouillée. Sa jambe droite, pliée, forme le chiffre quatre.
Le personnage suivant, à droite, ne peut être que le Bouvier, constellation toute proche de celle d’Hercule. Le Bouvier est identifiable par le pied qu’il pose sur un rocher. Les cartes anciennes le montre toujours ainsi.
Déméter était fille de Cronos et de Rhéa. Son nom romain est Cérès. Hérodote prétendait que son culte venait d’Egypte. On rencontrait des temples qui lui étaient dédiée un peu partout en Grèce et l’on assurait qu’ils avaient été fondés par des hôtes qui l’avaient hébergée. L’un de ces sanctuaires se trouvait à Phénée, en Arcadie. Elle était la déesse du blé et son principal attribut était l’épi qui symbolise l’alternance de la vie et de la mort de la végétation et de toute existence. Sa constellation est celle de la Vierge, qui porte l’Epi, l’étoile Spica.
Boudet porte tant d’importance au blé et à l’épi (cf. la VLC) que l’identification de la bergère du tableau de Poussin est une évidence.
Ces trois constellations sont très proches les unes des autres et constituent un ensemble. Le dernier berger est plus difficilement identifiable. La constellation la plus proche des trois premières étant le Serpent, nous serions tentés d’y voir sa figure dans le quatrième berger, mais ce serait une erreur car rien en lui n’évoque ce reptile. Par contre, il serait plus juste de l’identifier avec Orion. Nous y reviendrons ultérieurement.
Nous pouvons remarquer que, contrairement à la Vierge, au Bouvier et à Hercule, qui portent tous des sandales, ce jeune
homme est pieds nus. D’autre part, il est drapé d’une étoffe blanche alors que les autres personnages sont vêtus de tuniques très colorées : Hercule est en bleu, le bouvier, en rouge, et
Artémis/Déméter, en bleu et jaune d’or. Le drap blanc qui recouvre le berger aux pieds nus est un linceul. Ce berger est le mort, et il est à l’extérieur du tombeau. Les autres personnages ne
semblent pas le voir. Ils l’imaginent à l’intérieur du tombeau. C’est une scène de résurrection.
Le berger agenouillé, Hercule, pose l’index sur le R d’Arcadie. L’ombre portée sur le tombeau, trop curieuse pour que nous ne la remarquions pas, semble ne pas coïncider avec la position du personnage et nous incite à mieux observer sa forme. Sur cette ombre, le doigt d’Hercule pointe vers sa tête et se rapproche considérablement de celle-ci, au point de la toucher, ce qui n’est pas anodin, surtout de la part d’un maître de la peinture comme Poussin, féru d’ésotérisme. De toute évidence, il nous délivre un message.
Le Resch, vingtième lettre de l’alphabet hébreu, possède la valeur du R latin, et sa correspondance cabalistique est la « Tête de l’homme ». L’ombre de la main d’Hercule nous montre une Tête de l’homme. Or tête se dit caput en latin et cap en occitan. Ce qui nous renvoie immanquablement au Cap de l’Homme du cromlech de Rennes-les-Bains. Il est clair que « les Bergers d’Arcadie » et le secret de l’abbé Boudet sont liés.
Nous allons à présent essayer de retrouver des traces relatives à ce tableau dans la vraie langue celtique et pour cela nous nous rendons au chapitre VIII, dernier du livre. Le sous-chapitre II, intitulé « Nourriture des Celtes – Boissons gauloises » a été rédigé par l’auteur uniquement dans le but de nous révéler le lien qui existe entre son pseudo cromlech et la toile de Poussin, mais d’une manière si voilée que nous sommes en droit de nous interroger sur le genre de lectorat auquel il souhaite s’adresser. Ce ne peut être qu’un public averti, évidemment, qui connaît l’œuvre de Poussin, et suffisamment cultivé pour savoir que le berger agenouillé représente la constellation d’Hercule. Sinon, son message reste obscur et passe même inaperçu. L’ouvrage de Boudet est destiné à une élite.
Dans un seul sous-chapitre de quatre pages et demi (pp. 294-298), l’auteur va énumérer toutes les figures du tableau de Poussin et même nous donner le nom de l’artiste. (le texte est reproduit ici)
Page 294, Boudet commence par balayer quelques idées reçues de son temps, de celles qui prétendent que les Gaulois ne se nourrissaient que de gibiers, de poissons, de glands et de faînes. Les Celtes pratiquaient la culture du blé, ce qui est un fait admis de nos jours, et l’auteur nous le démontre à la page 295 :
« On peut affirmer avec certitude qu’il cultivaient le blé puisque cet aliment était l’objet d’une distribution impartiale et la kaïrolo – key (ki) clef – ear (ir), épi de blé. – hole, creux, petite maison -, le grenier et peut-être le silo où souterrain renfermant la précieuse céréale, existait toujours auprès des centres d’habitations celtiques. Il n’y a guère, en effet, de village qui ne possède un terrain de ce nom … »
La « kaïrolo », appellation qu’il invente sans doute de toute pièce ou qu’il réemploie pour la circonstance, renferme selon lui les mots key (clef), ear (épi de blé) et hole (creux, petite maison). Ce n’est pas la première fois qu’il dénomme cette kaïrolo. Nous la découvrons à la page 166 :
« Le ménir, par sa forme aiguë et en point, représentait l’aliment de première nécessité, la blé, - main (mén), principal, - ear (ir), épi de blé. – Chose étrange ! Dans tous nos villages du Languedoc, on trouve toujours un terrain auquel est attaché le nom de Kaïrolo, - key, clef, eau (ir), épi de blé, - hole, petite maison des champs -. – Dans ce terrain, probablement était construit le grenier à blé des villages celtiques. »
Le mot lui-même renferme la clé. C’est une petite maison qui contient l’épi de blé. En clair, la Kaïrolo est la maison astrologique qui contient l’Epi ou Spica, c'est-à-dire, la constellation de la Vierge.
Page 296, l’auteur change brusquement de sujet et se met à discourir sur « les troupeaux de bêtes à laine », qui « étaient fort nombreux dans le village des Redones ». La présence nombreuse des troupeaux de brebis implique évidement que les Gaulois étaient aussi des bergers. Nous avons donc la Vierge et les Bergers. Continuons notre analyse du texte.
Dans la phrase suivante, on peut, une fois de plus, admirer l’ingéniosité du prêtre :
« La brebis, en dialecte languedocien, est désignée par l’expression fedo, - to feed (fid) nourrir - : cette nourriture était convenable, et ils la qualifiaient sans doute de gros morceau, puisque le terme chik, marquant la petite dimension dans le même dialecte, correspond en langue celtique à chick (tchick) poulet, maigre portion, en effet pour l’appétit de ces hommes de taille gigantesque. »
Un poulet comprenant dans son nom la notion de petite dimension, se traduit par petit poulet, et un petit poulet est un …Poussin !
Puis, nous arrivons à un passage où il est dit qu’Hercule personnifie le peuple celte. Hercule est nommé. Il est le personnage clé des Bergers d’Arcadie. Mais ce n’est pas fini, il nous manque encore deux personnages et deux constellations.
A propos d’Hercule, Boudet précise :
« La mythologie grecque avait remarqué dans Hercule, personnification du peuple Celte, une certaine voracité et l’avait surnommé mangeur de bœufs. »
Puis, plus loin :
« Elle rapporte encore que le héros mangea, dans un seul repas, un bœuf enlevé à un laboureur. »
Ces passages sont incontestablement des allusions au Bouvier, gardien de bœufs.
Après avoir disserté sur la nourriture des Gaulois, Boudet examine leur boisson, qui n’est pas « à dédaigner », dit-il. Nous nous attendrions à ce qu’il vante les vertus de la cervoise, la bière des Celtes, et de l’hydromel. Il n’en est rien, mais, après une succincte évocation du cidre de Normandie il concentre toute son énergie à démontrer que les Gaulois du Languedoc cultivaient la vigne et buvaient du vin. Et, s’il insiste tant sur le vin, c’est qu’il veut nous suggérer la constellation d’Orion.
De nombreuses légendes circulaient sur Orion dans l’antiquité. On disait de lui qu’il était le plus bel homme. Il tenait de son père, Neptune / Poséidon, le pouvoir de marcher sur la mer(1) . Un jour, il tomba amoureux de Méropée, petite-fille de Dionysos. Œnopion, père de Méropée, promit à Orion de lui donner sa fille en mariage s’il débarrassait l’île de Chios des dangereuses bêtes sauvages qui terrorisaient les habitants. Orion vint à bout de tous les fauves, mais Œnopion ne tint pas sa promesse. Alors, découragé, Orion but toute une gourde de vin d’Œnopion. A l’aube, Œnopion invoqua son père Dionysos. Celui-ci envoya des satyres qui le firent boire encore plus de vin, jusqu’à ce qu’il s’endorme profondément. Alors, Œnopion l’aveugla. Orion put recouvrer la vue grâce à l'apprenti d'un cyclope forgeron qui le dirigea vers le soleil levant.
Il arriva bien d’autres péripéties à Orion qui n’ont que peu d’intérêt dans nos propos, aussi nous irons directement au terme de sa vie : Artémis, qui avait été dupée par Apollon, tua Orion sans savoir que c’était lui. Lorsqu’elle comprit son erreur, elle implora Asclépios de le ressusciter (on remarquera le rôle psychopompe d’Artémis que l’on retrouve chez Marie de Magdala,). Celui-ci accepta, mais trop tard ; la foudre de Zeus avait déjà anéanti Orion. Artémis plaça néanmoins son image dans le ciel et Orion gagna ainsi l’immortalité.
Dionysos, Œnopion et l’épisode de l’ivresse sont autant de références au vin. Et pour être sûr que nous ne nous méprenions pas sur la constellation, Boudet ajoute : « Les Gaulois du Languedoc avaient même poussé l’art de faire le vin à un degré remarquable ». Il suffit de regarder une carte du ciel pour comprendre. La constellation d’Orion se trouve à l’opposé de celle de la Vierge, poussé à un degré remarquable, c'est-à-dire loin du ciel des trois autres bergers.
Ciel de mars au siècle dernier vers 23 heures
1 - Virgile, Enéide 7, 719 et 10, 763-767
© Catherine
Pierdat, 25 mars 2008 - Toute reproduction même partielle est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
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Merci de la publier.
L'idée que le personnage de gauche puisse être le mort ressucité
Et le rapprochement avec le petit poulet dans LVLC
sont à mon avis des idées neuves qui méritent une réflexion approfondie.
Je suis moins convaincu par l'idée des constellations.
Mais je n'affirme rien; Hercule est en effet souvent cité dans le livre de Boudet. Il y a là une des clefs du livre, c'est certain.
Que pensez vous des lignes horizontales et de la ligne verticale sur le tombeau ?
Je parlerai de ces deux lignes dans la seconde partie de l'article. Elles sont la clef principale du tableau.