Pour bien comprendre la symbolique de l'énigme de Rennes-le-Château, nous devons impérativement connaître l'origine des mythes chrétiens.
Dans l'antiquité, les intellectuels grecs ne croient pas aux mythes, mais très tôt, les philosophes, tels Platon et Aristote, affirment que les mythes ont leurs raisons d'être et que, par le questionnement et la réflexion qu'ils suscitent, ils mettent en lumière des vérités cachées. Les mythes appartiennent à la conscience collective mais ils révèlent en nous les parcelles invisibles de notre propre inconscient. Ils sont riches d'enseignements et donc utiles à l'homme et à la société.
Les concepteurs du christianisme, les « évangélistes » ont largement puisé dans le paganisme du monde antique : gréco-romain, syrien, babylonien, cananéen, égyptien, etc. La raison généralement invoquée est que ces mythes étaient bien ancrés dans les différentes cultures méditerranéennes et que le but du prosélytisme chrétien était de séduire un maximum de païens pour les convertir à la nouvelle religion. Ces concepteurs ont voulu créer un nouveau mythe qui serait une synthèse de tous les autres. Une seule religion pour tous, un seul sacrifice pour toute l'humanité. Ils n'ont jamais eu l'intention d'écrire l'Histoire d'un homme historique nommé Jésus, mais de construire un mythe dans le but de diffuser un enseignement et de perpétuer un rite qui remplacerait peu à peu les rites des dieux païens. J'insiste sur le fait que ce nouveau mythe n'a pas été créé pour tromper les pauvres gens incultes et crédules mais pour les élever à un niveau supérieur de conscience , les transcender. Le christianisme est une religion à mystère, à culte initiatique, et ses adeptes étaient autrefois initiés. Il a perdu, hélas, cette vocation.
Jésus chassa de Marie de Magdala sept démons. On en a déduit qu'elle était possédée, hystérique, et pécheresse. Les sept démons représenteraient les sept péchés capitaux.
Or à l'origine, dans le texte grec, nous trouvons le terme « daïmones » (pluriel de daïmôn) et non « démons ». La traduction de daïmones par « démons » représente une réduction et un appauvrissement du terme grec initial. En effet, « démon » connote un seul aspect du « monde daïmonique », l'aspect maléfique et de tentation, alors que dans l'antiquité, le terme de daïmones englobait aussi bien les anges, les archanges, les esprits, les éons, les démons, les chérubins, les démiurges, etc. Ils sont les intermédiaires entre les hommes et les dieux, supérieurs aux hommes et inférieurs aux dieux. Il ne faut donc pas voir les sept démons de Marie-Madeleine comme des diablotins maléfiques qui s'échappent de son corps, mais comme des accompagnateurs.
Dans le mythe de Tammuz (ou Thammouz), un des nombreux dieux qui meurent et ressuscitent, sept daïmones sont les auxiliaires de la déesse Ishtar / Astarté. Selon les versions, ils l'aident dans la recherche du dieu au royaume des morts ou au contraire, l'un d'eux l'empêche de le retrouver.
Jésus débarrasse sa parèdre de ses sept auxiliaires daïmoniques. Cela peut signifier qu'il convertie Marie de Magdala au judaïsme, si celle-ci est prêtresse d'Ishtar / Astarté. Cela peut signifier aussi qu'elle EST Astarté et qu'elle n'a plus besoin de ses daïmones pour ramener Jésus des Enfers pour une raison que nous ignorons ; ou encore, dans le cas où les daïmones seraient un frein au retour des Enfers, cela peut signifier que Jésus avait bien l'intention de revenir.
Les erreurs de traduction et d'interprétation daïmôn / démon seront fatales à Marie-Madeleine. Considérée dès lors comme « femme de mauvaise vie », elle ne pourra que se repentir dans le désert humide de la Sainte Baume.
Les triades féminines sont caractéristiques du mode de pensée de l'antiquité, que ce soit dans le monde gréco-romain, dans le monde celtique, ou dans le monde proche et moyen-oriental.
On retrouve ces triades dans les évangiles. Dans les évangiles canoniques, les saintes femmes se rendent au tombeau après la crucifixion. Elles sont les Matres, c'est-à-dire des déesses mères qui se déplacent toujours par trois, ou les Heures, les Grâces, les Moires que l'on nomme aussi Parques, et la triple Hécate, etc. Elles représentent, à l'origine, les trois phases de la lune : nouvelle, pleine, et vieille. Moire signifie « quartier » ou « phase ». Ces trois phases sont les trois âges du matriarcat : la jeune fille, la femme nubile ou nymphe, et la vieille femme, ou encore la Sœur, l'Epouse, la Mère.
Dans l'antiquité, leurs adorateurs savent pertinemment qu'il s'agit d'une seule et même personne sous trois aspects différents.
Les Heures sont décrites par Théocrite (Bucoliques ou Idylles XV) :
« Aphrodite qui te complais dans l'or, voici ton Adonis, tel que l'on ramené après douze mois de l'intarissable Achéron, les Heures aux pieds délicats, les Heures chéries, les plus lentes de nos divinités mais dont la venue est désirée de tous les humains parce qu'elles apportent toujours quelque présent. »
Adonis était partagé entre Aphrodite et Perséphone, déesse des Enfers. Chaque année, les Heures ramenaient le dieu de l'autre rive de l'Achéron, c'est-à-dire du royaume des morts.
Les saintes femmes qui vont au tombeau pour apporter des aromates sont : la mère de Jésus, la sœur de sa mère, et Marie de Magdala. Curieusement, Marie de Magdala n'a aucun titre dans les évangiles canoniques, sans doute par pudeur, et parce qu'on a voulu désexualiser le Christ et son alter ego féminin. Elles sont trois, l'une est mère, l'autre est sœur, la troisième est épouse (dans le sens spirituel du terme, nous ne sommes évidemment pas dans la réalité du domaine terrestre puisqu'il s'agit d'un mythe). Nous avons donc un schéma Mère-Sœur-Compagne (ou épouse), et donc une seule femme mais trinitaire.
L'évangile gnostique de Philippe est plus précis. Au logion 32, nous pouvons lire :
« Elles étaient trois qui marchaient toujours avec le Maître
Marie, sa mère, la sœur de sa mère, et Marie de Magdala
qui est comme sa compagne
car Marie est pour lui, une sœur, une mère, et une épouse. »
Ici encore cette triade féminine représente les trois aspects d'une même personne. Le schéma sœur-mère-épouse est d'ailleurs à l'origine de l'identification (et non la confusion) de la Vierge et de Marie de Magdala dans certains textes apocryphes, chez les gnostiques. Saint Bernard la nommait Notre-Dame. Il déclara qu'elle était non seulement la Mère du Christ mais aussi l'Epouse du Verbe, ce qui lui valut d'être mis à l'index par Rome.
Le couple Christ-Marie de Magdala est un avatar des couples Osiris-Isis, Adonis-Aphrodite / Vénus, Tammuz-Ishtar / Astarté, etc. Les dieux qui meurent et ressuscitent sont toujours alliés d'une déesse ou parèdre qui les aide à revenir d'entre les morts. Cette déesse est à la fois, mère, sœur et épouse du dieu. C'est le cas d'Innini (ou Innana, selon les traductions), autre nom d'Ishtar, d'Astarté, d'Aphrodite et de Vénus. Le dieu Tammuz ressuscite, il revient blotti dans les bras de la déesse comme lorsqu'il était enfant, et à cette occasion, Innini porte successivement les titres de mère, sœur, et épouse.
On nomme Ishtar « la bienveillante ». Tantôt on la dit vierge, tantôt épouse bien aimée, tantôt courtisane des dieux.
Le culte d'Adonis, qui venait de Syrie, avait gagné l'Egypte, notamment Alexandrie où chaque année on fêtait sa mort et sa résurrection. Théocrite dans une de ses Idylles, fait une description de cette fête au temps de Ptolémée II (IIe siècle avant notre ère).
Le parallèle entre la fête d'Adonis et la passion du Christ est étonnant. La fête se déroulait en trois étapes :
Le premier jour était consacré à un banquet. (la Cène, ou dernier repas de Jésus avec ses disciples)
Le deuxième jour était consacré aux funérailles du dieu et comportait toutes les manifestations d'un deuil violent (Mort de Jésus et mise au tombeau)
Le troisième jour, Adonis se relevait des morts et on fêtait sa résurrection. (Résurrection, le troisième jour)
Il est évident que la fête d'Adonis sert de canevas au récit de la Passion dans les évangiles.
Tammuz est un dieu de la fertilité et de la végétation assimilé à Adonis. A sa mort, Innini, son épouse et sœur, clame une lamentation dans un hymne antérieur de plusieurs siècles au christianisme :
« O mon frère, la verdure où a-t-elle été emportée ?
Qui l'a emportée ? Qui l'a emportée ?
Les plantes, qui me les a ravies ? »
Le dieu et la verdure ne font qu'un.
Comment ne pas penser au récit de Jean (20, 11-15) où Marie de Magdala pleure au tombeau. Quand les anges lui demande pourquoi elle pleure, elle répond : « parce qu'ils ont enlevé mon seigneur, et je ne sais pas où ils l'ont mis. »
Puis voyant un homme qu'elle prend pour le jardinier (c'était en fait Jésus ressuscité), elle lui dit : « Seigneur, si c'est toi qui l'as emporté, dis-moi où tu l'as mis, et je le prendrai. » Pourquoi l'appelle-t-elle « Seigneur » si c'est un jardinier ? Elle sait que ce « jardinier » est son Seigneur, en langues sémitiques : adon, Adonaï, dont les grecs ont fait un nom propre, Adonis.
Il est intéressant de noter que dans l'iconographie chrétienne, le Christ ressuscité est souvent représenté apparaissant à Marie-Madeleine avec une bêche ou une houe à la main : il est le « jardinier ». C‘est un rappel inconscient des jardins d'Adonis. Frazer décrit ce rituel :
On remplissait des paniers et des pots de terre et l'on y « semait du blé, de l'orge, des laitues, du fenouil et des fleurs diverses. » On les arrosait et on les mettait au soleil. Les graines germaient rapidement, mais au bout de huit jours, les plantes flétrissaient et mouraient. On les jetait alors, avec des statuettes d'Adonis mort, dans la mer ou dans les sources (ce rituel existait aussi en Egypte pour Osiris).
Parfois Tammuz / Adonis s'identifie au seigneur du « bois de vie ». Dans le christianisme, la croix du supplice devient également « bois ou croix de vie ». Tammuz porte aussi les noms de Dumuzi. Son emblème est le GRAIN, l'EPI. Il est assimilé à ORION. Son nom sumérien est Sibzianna qui signifie le Berger du ciel. Il est également appelé l'OINT qui se dit christos en grec, c'est-à-dire Messie.
Le pseudo Lucien rapporte dans « la déesse syrienne », que sur le territoire de Byblos, coulait un fleuve du nom d'Adonis qui serpentait du mont Liban. Chaque année, ce fleuve prenait la couleur du sang et allait se déverser dans la mer. Les eaux du large considérablement rougies signalaient aux Bybliens le moment des deuils du dieu. Adonis était selon certaines légendes, un chasseur qui fut mortellement blessé à la cuisse par la défense d'un sanglier. C'était son sang qui se répandait dans le fleuve puis dans la mer.
Toute la vallée de cette rivière sacrée fut une terre sainte. A sa source, près du village d'Afka, se trouvait le tombeau d'Adonis. Etait-ce un cénotaphe, un tombeau vide ?
Sozomène (histoire ecclésiastique) raconte qu'on vénérait à Afka, Aphrodite Ouranienne. « A certain jour de l'année, quand le prêtre avait invoqué la Déesse, un feu semblable à une étoile paraissait se précipiter du haut du mont Liban dans les eaux de l'Adonis. Ce météore, disait-on, n'était autre que Vénus-Uranie », la Reine du ciel.
Cette Vénus / Aphrodite assimilée à Astarté, « l'Astre », est l'étoile représentée par l'arcane 17 du tarot de Marseille. Marie de Magdala en est une des figures ou avatar.
D'après M.-J. Lagrange (Etudes sur les religions sémitiques) le mythe de la mort d'Adonis serait « le symbole de la destruction violente du blé coupé par l'homme, battu sur l'aire et broyé au moulin ». La défense du sanglier serait la faucille qui fauche le blé.
Adonis est une partie du message qui se trouve sur un vitrail de l'église Sainte-Marie-Madeleine de Rennes-le-Château, derrière la statue de saint Antoine de Padoue et sur lequel on aperçoit le mot ONIS. Un petit trait marque le centre du ʘ. C'est en fait un thêta, première lettre du mot « tombe ». (Ad) ONIS signifie « à Sion », la Jérusalem céleste qui est symbolisée, dans cette affaire, par la constellation d'Orion (voir les bergers d'Arcadie - 1).
A la page 186 - nombre remarquable dans l'affaire de Rennes-le-Château - de la Vraie Langue Celtique, Boudet termine le chapitre 5 par une citation de l'Ecclésiaste :
« Qu'est-ce qui a été jadis ? Ce qui doit arriver à l'avenir. Qu'est-ce qui a été fait ? Ce qui doit se faire encore. Rien n'est nouveau sous le soleil, et nul ne peut dire : voilà une chose nouvelle ; car elle a été dans les siècles écoulés avant nous. »
On peut comparer ce passage au texte mis en exergue dans le tapuscrit du Serpent Rouge.
L'histoire se répète, les mythes ressuscitent.
Lien :
Statue du baptême de Jésus dans l'église de Rennes-le-Château sur laquelle on voit distinctement trois
épis.
© Catherine
Pierdat, 19 avril 2008 - Toute reproduction même partielle est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
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