Le monastère avant son dynamitage. Les bâtiments sur la gauche sont déjà en ruine. © Coll. de l'auteur

A soixante kilomètres à vol d'oiseau de Rennes-le-Château, dans la commune de Baulou, en Ariège, s'élevait jusqu'en 1957, le monastère du Carol, complexe architectural étonnant bâtit dans la seconde moitié du XIXe siècle par deux hommes : Ferdinand de Coma, l'architecte, et  Louis de Coma, le Père fondateur.

Louis de Coma (1828-1911) est ordonné prêtre en 1850, reconnu Père jésuite en 1855. Il dirige alors l'Association de la Bonne Mort qui a pour but d'accompagner et diriger les chrétiens jusqu'à la fin de leur vie pour que leur mort se passe dans les meilleures conditions possibles, d'un point de vue spirituel et moral, le retour au Créateur et à la vie éternelle dépendant de cette préparation. Il fonde ensuite  l'Œuvre  de Gethsémani pour les agonisants. Habilitée par le pape, cette fondation reçoit des dons en échange de messes, d'oraisons et de prières, ce qui n'est pas sans rappeler le « trafic de messe » de l'abbé Saunière. Mais contrairement au curé de Rennes-le-Château qui dirigera son commerce de chez lui et par courrier, le Père de Coma parcourt toute la France pour prêcher et recueillir l'argent de ses donateurs. Les sommes récoltées sont considérables. Le comte de Chambord, entre autres, lui versera  4000 francs OR ; certains dons peuvent atteindre 10 000 F.

    

En 1855, Louis de Coma et sa fratrie héritent d'un vaste domaine sis à Baulou. Une aubaine, le terrain se prête parfaitement aux projets architecturaux du jésuite.  Cinq ans plus tard, les travaux de construction du monastère sont entrepris d'après les plans du frère de Louis, Ferdinand de Coma (1814-1883) qui assure alors la fonction d'architecte diocésain. A la mort de celui-ci qui survient en 1883, un maître compagnon, Jean Bardiès, le remplace. Il respecte toutefois les plans et les projets initiaux.

Le Père de Coma, pendant ce temps, poursuit sa quête à travers le pays qu'il parcourt aussi dans l'espoir de trouver une communauté religieuse reconnue, si possible, qui viendrait s'installer au Carol. Aucune ne veut venir. Il lui faudra attendre 1885 (l'année où Bérenger  Saunière arrive à Rennes-le-Château) pour que sept frères de la congrégation du Saint-Esprit s'établissent au Carol. Mais les affaires ne vont pas fort entre les spiritains et le Père de Coma. Un climat conflictuel s'installe, et  les spiritains quittent  les lieux en novembre 1886.

En 1890, Louis de Coma est nommé curé de Baulou. Comme à Rennes-le-Château, l'église paroissiale est dédiée à sainte Marie-Madeleine. Les travaux du Carol se terminent en 1900, mais le Père de Coma ne cesse d'apporter des modifications. Il fait, entre autres, édifier un cercle de pierres levées ­- un cromlech ! ­-, censé représenter la couronne du Christ. Voilà qui ressemble beaucoup à la symbolique de la Vraie Langue Celtique de l'abbé Boudet. En 1911, le prêtre décède, et peu à peu le monastère est abandonné. Il sera dynamité en janvier 1957 sur l'ordre de l'évêché de  Pamiers.

Monastère du Carol

Il ne subsiste aujourd'hui qu'une partie des bâtiments, la chapelle, le chemin de croix qui a été transféré à Renaude, au Mas d'Azil, la crypte familiale qui fut profanée, ainsi qu'un agencement de grottes artificielles et de plans d'eau des plus curieux dont l'ensemble décrit un parcours visiblement initiatique. La crypte est tapissée de concrétions calcaires prélevées dans la grotte du Portel. Outre, les tombes éventrées, on y trouve un Christ agonisant.

 En face,  dans une autre grotte située, celle-ci en surface, Marie-Madeleine statufiée au bord d'un bassin médite pensivement sur ses attributs : le livre, le crâne, la croix. Cette dernière est cependant en forme de Tau.

Le plan au sol de la grotte est oval ; une allée la traverse, passe sur un pont qui surplombe un bassin. L'ensemble forme l'Ankh, la croix de vie égyptienne dont le nom signifie "Le Vivant". Ce signe était la clé des mystères ésotériques de l'Egypte ancienne et permettait d'ouvrir les portes du monde des morts et de pénétrer le sens caché de la vie éternelle. Isis l'a toujours en main.

Il est évident qu'ici Marie-Madeleine personnifie la déesse Isis. Plus curieux encore est la forme du bassin qui se trouve à l'autre extrémité de l'allée centrale et qui conduit à la grotte de Marie-Madeleine : son pourtour dessine très distinctement une tête de vache.

Sothis

Dans la mythologie égyptienne, Sothis est la personnification de Sirius, l'étoile la plus brillante du ciel. Les anciens égyptiens la nommait « l'Etoile du Nil » ou « l'Etoile d'Isis ». Elle est une manifestation d'Isis, de même qu'Osiris fut reconnu en Orion et Horus en Mars. Sirius est la demeure d'Isis. Sothis était représentée sous forme d'une vache portant entre ses cornes une étoile à cinq branches. Elle apparaissait aussi sous les traits d'Isis et fut également identifiée avec Hathor. J'ai cherché l'étoile...et je l'ai trouvée, au centre d'une croix de pierre, tout près de la chapelle...une étoile à cinq branches.

          

 

Etoile à 5 branches au centre de la croix.

Image cliquable


© C. Pierdat

Louis de Coma  n'a  pas conçu un décor égyptisant sans raison. A nous de trouver et de décoder son message, mais en partie seulement car l'état actuel des lieux ne nous permet plus hélas de distinguer l'ensemble des éléments du domaine primitif.

Isis part à la recherche de son frère et époux, Osiris assassiné par Seth, rassemble ses membres éparpillés sur la terre. Seul manque le phallus. La déesse en fabrique un et s'unit à Osiris. De leur union, naîtra Horus, Osiris réincarné. Le dieu meurt et ressuscite, comme les autres dieux solaires et agraires. Le christianisme ayant absorbé les anciens mythes, Jésus est devenu le dernier « Osiris », et Marie-Madeleine, la dernière « Isis ».

On notera que le mythe s'est perpétué chez les rois de France.  L'énigmatique phrase « le roi est mort, vive le roi ! » n'a pas d'autre origine. Le Dauphin tient le rôle d'Horus tandis que le Roi mort tient celui d'Osiris, mais sur un plan terrestre et temporel.

Le plan au sol de la grotte de Marie-Madeleine est oval ; une allée la traverse, passe sur un pont qui surplombe un bassin. L'ensemble forme le dessin de la croix de vie égyptienne.

Si pour  les Hébreux, le Verbe est créateur, c'est-à-dire que les mots doivent être prononcés à voix haute pour être efficaces - c'est le fameux « Que la lumière soit ! et la lumière fut » de la Genèse -, pour les Egyptiens, au contraire, c'est la Vue qui prévaut. Les yeux d'Horus ont créés toutes choses nécessaires aux hommes et aux dieux. Lorsque ses yeux ont vu l'univers, celui-ci a existé. Or, dans l'évangile selon Jean, le verbe et la vue sont associés pour ramener Jésus à la vie. Le troisième jour, au tombeau, Marie-Madeleine reconnaît Jésus à sa voix, (elle le prend d'abord pour un jardinier), et elle est  la première à le voir vivant, et c'est parce qu'elle le voit vivant qu'elle lui redonne vie, d'où son extrême importance dans le christianisme primitif. L'alliance du Verbe (le Christ) et de la Vue (Marie de Magdala) est un symbole qu'on aurait tort de négliger.

Il est intéressant de rappeler que Marie-Madeleine est associé au sens de la vue, d'abord à Saint-Maximin, dans le Var, où se trouve son tombeau présumé. Selon la légende, une plante de fenouil toute verdoyante marquait l'emplacement du sarcophage. Or, le fenouil est réputé pour améliorer la vue et soigner les yeux, vertu que l'on prête également à l'eau miraculeuse du sanctuaire de Notre-Dame de Marceille près Limoux. Et, nous dit l'abbé Boudet dans la Vraie Langue Celtique, la Vierge au teint sombre  portait autrefois le nom de "Notre Dame des yeux gâtés". Mais ce n'est pas tout : en  2006, Christian Doumergue publie un document fort intéressant [1]. Il s'agit d'une feuille de chant destinée aux pèlerins de la basilique Notre-Dame de Marceille. Elle est vraisemblablement datée du XIXe ou du début XXe siècle (d'après la typographie). L'un des cantiques est dédié à la Vierge noire du lieu. A la neuvième strophe, on y lit ces vers étonnants :

                         

Du mont des Olives

Avec Serge-Paul

Jadis vers nos rives

Tu prenais ton vol

 

Il ne peut s'agir de Marie, la mère de Jésus, qui selon la tradition a fini ses jours à Ephèse et non en Gaule. Par contre, une autre tradition, bien connue, fait venir Marie-Madeleine sur les côtes gauloises [2] . Il ne serait pas étonnant que ce cantique ait été écrit sous cette forme par l'un des protagonistes de l'affaire de Rennes-le-Château, connu ou encore inconnu des chercheurs, dans le but d'identifier la Vierge Noire de N.-D de Marceille avec Marie-Madeleine (c'est un avis personnel).

Revenons au monastère du Carol. Dans le prolongement de la grotte du Christ, on peut distinguer dans la forme d'une roche verticale le profil d'une femme enceinte. Je ne pense pas que l'image de cette femme enceinte ait un  lien avec une éventuelle progéniture de Jésus et de Marie-Madeleine. La symbolique de l'œuvre de Louis de Coma est spirituelle et non matérielle.

Marie-Madeleine est l'Epouse spirituelle du Christ matérialisée par les statuettes des Vierges Noires (v. à ce sujet le site Les Vierges Noires, plus bas). La Vierge qui doit enfanter est une entité chthonienne, c'est-à-dire de la terre, royaume des morts. C'est ce qu'est devenue symboliquement Marie-Madeleine dans sa grotte, la Sainte-Baume. " L'enfant "qui se trouve dans le giron de la Vierge noire est une représentation de Jésus, non pas enfant, mais né à nouveau, ressuscité, sorti de la terre, du tombeau, de la crypte. La Vierge noire n'est pas sa mère biologique, mais son Epouse, au sens spirituel du terme, qui a son tour devient Mère, car elle accouche du Ressuscité. C'est compliqué ? Oui, mais le christianisme est une religion complexe issue de milliers d'années de croyances et de mythes stockés depuis la préhistoire dans la mémoire de l'humanité. En réalité, comme le dit Grasset d'Orcet, il n'y aura eu que deux seules religions en tout et pour tout depuis l'origine du monde jusqu'à nos jours : l'une masculine, patriarcale, celle du dieu jaloux, guerrier et vengeur ; et l'autre féminine, celle d'Isis, d'Ishtar, d'Astarté, de Vénus, et enfin de Marie, Mère, soeur, et épouse.

Il semble bien que le Père de Coma ainsi que les prêtres Boudet, Saunière et leurs alliés aient choisi de défendre la seconde.

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Sources :


DUMAS Monique, REGLAT Jacques-François, Le Monastère dynamité : histoire du Carol, près Baulou - La vie du révérend père de Coma, La Truelle, Moulis, 1995  

Collectif, L'ABC de Rennes-le-Château, éditions Arqa,...2008, v. COMA et CAROL.

Doumergue, Christian,  L'étrange monastère du Carol dans l'Ariège (PDF) du site http://www.christiandoumergue.com/

Les Vierges Noires

Origines des mythes chrétiens

[1] Doumergue, Christian, l'affaire de Rennes-le-Château, éd. Arqa, 2006, tome 2, pp. 36-37

[2]  Pierdat, Catherine, Marie-Madeleine : son tombeau est-il en France ?  in Le Mercure de Gaillon n° 5,  janvier-février-mars 2009, pp. 17-22.

Par Catherine Pierdat - Publié dans : Le fil d'Ariane - Communauté : Rennes-le-Château
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  • : 21/03/2008
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